Le 25e Salon de la Carte Géographique Ancienne, présente une petite exposition.:
Depuis plus de deux mille ans, Paris se transforme sous le regard des cartographes.
De Lutèce à la métropole contemporaine, ses plans racontent l’histoire d’une ville, mais aussi celle du pouvoir qui s’y exerce. Au fil des siècles, les limites de la capitale se déplacent, ses quartiers se transforment et sa représentation devient toujours plus précise.
Au XVIe siècle, le plan de Paris publié par François de Belleforest en 1575 dans sa Cosmographie universelle reprend une représentation de Paris déjà publiée par Sebastian Münster dans sa Cosmographia. La ville y apparaît encore resserrée dans ses enceintes, dominée par Notre-Dame et structurée par la Seine.
Quelques décennies plus tôt, le spectaculaire plan de Truschet et Hoyau, vers 1550-1553, avait déjà donné de Paris une représentation particulièrement vivante, où rues, maisons, monuments et faubourgs composent une véritable image de la ville.
Au XVIIe siècle, avec Jacques Gomboust, en 1652, puis Albert Jouvin de Rochefort, en 1672, Paris s’étend au-delà de ses anciennes limites. La capitale de Louis XIV apparaît de plus en plus vaste, tandis que ses faubourgs prennent une place croissante dans les plans.
Au XVIIIe siècle, la manière de représenter Paris évolue profondément. La ville est désormais mesurée avec une ambition scientifique nouvelle, tandis que certains plans cherchent aussi à en célébrer la grandeur. Avec Jean Delagrive, en 1728, le relevé géométrique apporte une précision nouvelle à la représentation de la capitale. Roussel, en 1730, élargit le regard aux faubourgs et aux environs.
Puis le plan de Turgot, réalisé par Louis Bretez et publié en 1739, offre de Paris un véritable portrait en perspective cavalière. Les façades, les monuments, les jardins et les hôtels particuliers y sont représentés avec une précision remarquable, donnant au plan une dimension autant cartographique que monumentale. Commandé par Michel-Étienne Turgot, prévôt des marchands de Paris, il participe ainsi à la mise en scène du prestige de la capitale et, à travers elle, du rayonnement de la France.
Au XIXe siècle, Paris change d’échelle et de fonction. Le Nouveau plan complet de Paris avec ses fortifications, publié par N.-J. Henriot en 1847, montre la capitale ceinturée par l’enceinte de Thiers, construite à partir de 1840. Paris devient une ville fortifiée, dont les nouvelles limites militaires redessinent également les relations avec sa banlieue.
Quelques années plus tard, les plans accompagnent la métamorphose voulue par Napoléon III et le baron Haussmann. Les grands boulevards, les nouvelles percées, les places, les parcs et les quartiers remodelés transforment profondément le visage de la capitale. Le plan devient alors le témoin d’une véritable reconstruction urbaine.
L’année 1860 marque une nouvelle rupture. L’annexion des communes voisines agrandit considérablement Paris, qui passe de douze à vingt arrondissements. Le Plan géométral de Paris et de ses agrandissements d’Andriveau-Goujon, publié la même année, témoigne de ce changement d’échelle et de la nouvelle organisation de la capitale.
De Belleforest à Andriveau-Goujon, cinq siècles de plans font apparaître une même histoire : celle d’une ville qui s’agrandit, se transforme et affirme progressivement son rôle de capitale.
Chaque plan est à la fois le portrait d’un Paris et le reflet de son époque : une ville rêvée, mesurée, célébrée, fortifiée, agrandie et sans cesse réinventée.